2

Tiagba, le seul et unique village lacustre de Côte d’Ivoire

Tiagba est situé à une petite centaine de kilomètres d’Abidjan, au bord de la lagune Ebrié. Construit sur une île de 150 ha, il est le seul village lacustre du pays. Bien sûr, rien à voir avec les grands villages lacustres du Bénin, dont le célèbre Ganvié, car la plupart des habitations y sont construites sur la terre ferme. Mais ce village reste une curiosité en Côte d’Ivoire. Notamment, pour ses maisons traditionnelles sur pilotis et son ambiance si particulière qui méritent vraiment le détour.

Tiagba Côte dIvoire

A la découverte de Tiagba

Très prisée pendant les années Houphouët, le village de Tiagba est aujourd’hui plutôt boudé par les touristes. L’auberge « Le pilotis de Tiagba », qui autrefois permettait de déjeuner et dormir sur place, est fermée depuis 2002.

Nous étions donc les seuls touristes à débarquer au village ce samedi, accueilli par le sympathique Jérémy, principal guide de l’île.

Mais qui sont ces gens ? se demande cette adorable petite fille.

Le village de Tiagba

Le village est peuplé d’environ 8000 habitants de l’ethnie Aïzi. La croissance démographique et les fréquentes inondations ont amené ces villageois à progressivement s’installer sur la terre ferme et a délaisser les maisons sur pilotis. La pirogue n’en reste pas moins le principal moyen de transport pour tous.

A Tiagba, on trouve 3 écoles primaires, 6 religions (catholiques, protestants, baptistes, témoins de Jéovah, musulmans et fidèles de Papa Nouveau qui coexistent harmonieusement) et plusieurs maquis. Il est électrifié depuis 1979.

Les villageois sont soit pêcheurs soit agriculteurs (notamment culture du manioc sur le continent). Une légende raconte qu’autrefois, à la naissance, chaque bébé était plongé dans l’eau de la lagune. S’il flottait, il serait pêcheur. Et sinon agriculteur. La bonne nouvelle, c’est qu’après ce test, les bébés étaient semblent-ils très vite repêcher !

Pêcheur Tiagba Côte d'Ivoire
Pêche à l’épervier. Une technique qui me laisse toujours bouche bée tant je suis impressionnée par la dextérité du lanceur de filet !

Les principaux poissons qu’on trouve dans la lagune sont des mulets, carpes, dorades royales, capitaines, machoirons, barracudas et crevettes.

Tour de l’île en pirogue

Pirogue Tiagba Côte d'Ivoire
Notre guide Jérémy à gauche et les garçons à droite en pleine dégustation de sucette.

Première étape de notre visite : une échappée belle contemplative et totalement zen sur les flots. A Tiagba, il n’y a quasiment aucun bateau à moteur. Seul le bruit des rames qui brassent l’eau, des filets de pêche qui virevoltent et des enfants qui s’éclaboussent en riant résonnent (pour être tout à fait honnête, il y avait aussi la musique à fond dans l’un des maquis qui gâtait ce beau silence).

Lagune Tiagba Côte d'Ivoire

Notre pirogue cabote à quelques dizaines de mètres de la rive, les enfants nous interpellent et nous réclament « un petit cadeau », les adultes nous saluent et échangent quelques mots – en langue aïzi – avec notre guide. Les cochons et les canards, en quête de nourriture au bord de l’eau, eux nous ignorent totalement. La vie s’écoule tranquillement dans la chaleur torride d’un matin de janvier.

Enfants Tiagba Côte d'Ivoire
Enfants Tiagba Côte d'Ivoire
Enfants Tiagba Côte d'Ivoire

Nous apercevons au loin les fameuses maisons sur pilotis mais aussi de riches et grandes bâtisses colorées (construites par ceux qui ont fait fortune), la demeure du « marabout » ou encore des petites maisons plus modestes. De loin, le village a l’air tout à la fois vivant et paisible. La luminosité est sublime à cette saison et nous offre un panorama somptueux sur la lagune et le village. J’en prends pleins les yeux, et mes photos le prouvent !

Petit stop au maquis

Le tour de l’île en pirogue dure une bonne heure. Jérémy ne ménage pas sa peine pour nous faire avancer à un bon rythme tout en nous parlant de son village. Un petit arrêt au maquis s’impose pour échapper quelques instants au soleil et permettre à notre guide de souffler un peu.

Le maquis ouvre ses portes pour nous. Il sert quelques sodas (Fanta, Youki, Coco, Orangina) et de la bière Bock. Pas possible de déjeuner. Heureusement, à défaut d’avoir pensé à la crème solaire, j’ai pensé au pique-nique. On reprend des forces tout en admirant les pirogues qui passent devant nous – le maquis aussi est sur pilotis.

Le maquis sur l’eau juste à côte d’une des églises du village.

Balade à pied dans le village

Une fois le tour de l’île terminé démarre la balade à pied. Qui n’est pas bien longue vu la taille du village mais fait quand même râler mes fils, pas super fans de randonnées… Nous sommes autant des curiosités pour les villageois qu’ils le sont pour nous. Nous les observons vaquer à leurs occupations : préparer l’attiéké, nettoyer et faire fumer le poisson, puiser de l’eau au puit, jouer aux dames… Seuls quelques jeunes hommes se divertissent alors que les femmes s’affairent pour préparer à manger ou s’occuper des enfants. Autant de scènes de la vie quotidienne typiques de ces villages lagunaires ivoiriens.

Poissons Tiagba Côte d'Ivoire
Ces petits garçons aident leur maman à écailler les poissons du jour pour ensuite les fumer.
Puit Tiagba Côte d'Ivoire
Ces enfants vont chercher de l’eau au puit et remplissent des bidons. Il y a 24 puits dans le village pour faire la lessive et la vaisselle. La source d’eau potable est de l’autre côté, sur le continent.
Pouvoir montrer à mes enfants que l’eau ne coule pas systématiquement du robinet de la cuisine et que des enfants doivent souvent marcher pour aller chercher de l’eau au puit est vraiment précieux.
Village Tiagba Côte d'Ivoire
Filets de pêche et fruits du palmier à huile.
Jeu Dames Tiagba Côte d'Ivoire
Le champion de Dames de Tiagba affronte un challenger !

Bien que quelques déchets souillent le sol (malheureusement faute de collecte, les déchets sont enfouis, brûlés ou jetés ici et là), le village est bien entretenu. Et cette impression de paisibilité se confirme. C’est un beau moment que nous passons à arpenter les ruelles, admirer l’architecture des maisons, parler aux enfants qui nous suivent, saluer les villageois.

Maison Tiagba Côte d'Ivoire

L’église Papa Nouveau

Cette religion fut fondée en 1937, dans la région de Grand-Lahou, par le prophète Papa Nouveau. Durant sa mission, le Prophète a enseigné l’art d’accéder à la longévité et au salut des âmes par la paix, la prière et le travail, sans distinction d’origine, de religion d’âge et de sexe. Il a également œuvré pour le bien-être en bâtissant des œuvres sociales (écoles, maternité, centres culturels…) et spirituelles (sites sacrés). Son œuvre la plus importante est la cour sainte de Toukouzou Hozalem. Source : Wikipedia.

Les églises de cette religion sont reconnaissables entre mille. J’en avais déjà aperçu une aux abords de Grand-Lahou.

Eglise Petit Badien Côte d'Ivoire
L’église de Petit Badien, village lagunaire qui se trouve juste avant Tiagba.
Eglise Papa Nouveau Tiagba Côte d'Ivoire
Eglise Papa Nouveau de Tiagba.

Les cases sur pilotis

Lors de notre « village-tour », nous sommes bien évidemment allés saluer l’adjoint au chef du village (le chef étant lui-même absent) qui nous a reçu dans la case protocolaire, une magnifique maison traditionnelle sur pilotis, pour déguster le Koutoukou.

Même plus peur maintenant, j’adore goûter l’alcool de palme qui nous est offert dans ces circonstances.

La case est très belle, tout en bambou de raphia, naturellement ventilée. Malheureusement, il ne reste que 23 cases sur pilotis à Tiagba. Le bois utilisé fait désormais défaut dans la région (à cause de la déforestation au profit des plantations d’hévéas). Et leur construction coûte cher : 600 000 FCFA (soit environ 900 euros).

Case pilotis Tiagba Côte d'Ivoire

Les autorités du village aimeraient toutefois en construire 6 afin de sauvegarder le patrimoine et valoriser la spécificité du lieu. Un dossier a été soumis au ministère du tourisme pour obtenir des financements. L’accord de principe a été donné mais les fonds n’ont jamais été versés, comme souvent ici en Côte d’Ivoire …

La stratégie de développement touristique consiste à créer des parcs d’attraction et des palaces plutôt qu’à rénover le patrimoine en péril. Ce qui me désole et m’interpelle (même si j’ai ma petite idée sur les raisons de ce choix…).

Aller à Tiagba de toute urgence !!

Bref, ne tardez plus pour visiter le beau village de Tiagba.

Pour y aller : Tiagba se trouve à 100 km environ d’Abidjan, entre Dabou et Grand-Lahou. Il y a 80 km de route (la Côtière est en bon état sur ce tronçon) et 20 km de pistes. Après Dabou, il faut passer le village de Tounah puis à Cosrou, prendre la piste à gauche (c’est indiqué). Lorsque vous croisez un village sur votre gauche, et apercevez l’église Papa Nouveau, continuez sur la gauche (la piste remonte avant de redescendre vers la lagune). Idéalement, arrivez plutôt dans la matinée. Prévoyez un pique-nique car il n’y a pas de restaurant sur place, crème solaire et casquette parce que ça cogne fort. Et profitez bien !

Piste Tiagba Côte d'Ivoire

Si vous cherchez d’autres idées d’escapade à l’ouest d’Abidjan, découvrez mes articles sur Jacqueville, Grand-Lahou et bientôt Dabou. Bonne lecture et surtout belles découvertes !

Et si vous avez aimé cet article, je vous remercie de l’épingler sur Pinterest ! Merci beaucoup et à bientôt !

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous pourriez aussi aimer

2 Commentaires

  • Répondre
    Divya
    29 mars 2021 à 10 h 15 min

    Bonjour, Merci pour ce très bel article. Pouvez-vous nous partager les coordonées de Jérémy SVP?

  • Laisser un commentaire

    16 + onze =