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Visiter Grand-Bassam : le Quartier France

Grand-Bassam, surnommée tout simplement Bassam, ne préside plus – et depuis bien longtemps – la destinée de la Côte d’Ivoire. Mais elle garde les traces de sa grandeur d’antan et sera, pour toujours, la première capitale du pays (de 1893 à 1900).

Cette station balnéaire se situe à une quarantaine de kilomètres à l’ouest d’Abidjan, le long de la façade Atlantique. Elle est particulièrement prisée pour sa douceur de vivre et son interminable plage bordée de palmiers. Mais pas seulement !

Le quartier France est le quartier colonial le mieux préservé de Côte d’Ivoire (même s’il est loin d’être en bon état). De ce fait, il est un incontournable à visiter lors de tout séjour dans ce pays. Voici le récit d’une promenade dans les ruelles historiques de Grand-Bassam.

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Un patrimoine colonial exceptionnel à Grand-Bassam

Grand-Bassam dispose d’un incroyable patrimoine culturel, notamment au sein du Quartier France, la ville coloniale construite sur une étroite bande de terre entre l’océan et la lagune. Véritable musée à ciel ouvert, il abrite des vestiges de la fin du XIXe et du début du XX ème siècle : un remarquable exemple d’architecture coloniale avec des maisons fonctionnelles dotées de galeries extérieures, de vérandas et de jardins qui témoignent des relations entre Européens et Africains et même du mouvement en faveur de l’indépendance.

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Le Quartier France est inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis juin 2012. Une promenade dans ses ruelles est l’occasion de découvrir un morceau de l’histoire tourmentée du pays.

Le musée national du costume de Grand-Bassam

Le plus ancien bâtiment du quartier est l’ancienne Maison du Gouverneur qui abrite désormais le Musée National du Costume. Il fut construit en 1893 alors que Grand-Bassam devenait la première capitale de la colonie de la Côte d’Ivoire et désignait son premier gouverneur Français : le capitaine Binger (qui a donné son nom à Bingerville).

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Le palais de justice de Grand-Bassam

En face du musée se trouve l’ancien Palais de Justice, construit en 1911. Il est particulièrement ravagé par le temps et les embruns. Il est censé devenir le premier bâtiment rénové grâce aux financements de l’UNESCO et de l’état ivoirien – d’où les échafaudages en place sans quoi la maison ne serait plus qu’un amas de pierres. Les travaux ont commencé en 2014 et le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’avancent pas beaucoup. En attendant sa réhabilitation, le Tribunal se situe à l’entrée du quartier, dans une maison autrefois habitée par les fonctionnaires coloniaux, juste en face de la Préfecture.

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La Maison des Artistes de Grand-Bassam

En poursuivant le chemin, on découvre la Maison des Artistes, un bâtiment au charme tout particulier puisqu’il a été investi par un collectif d’artistes qui ont décoré les murs décrépis de la bâtisse avec leur portrait. Construit en 1905, il fut le premier entrepôt utilisé par les Français pour stocker des marchandises et commercer.

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Le bureau des Postes et des Douanes de Grand-Bassam

Une grande maison blanche et verte est particulièrement représentative de l’architecture coloniale, adaptée au climat tropical, avec ses persiennes ajourées laissant passer la lumière mais pas les rayons de soleil. Il s’agit de l’ancien bureau des Postes et des Douanes (les fameuses PTT), autrement dit la première Poste ivoirienne. Deux bâtisses à l’époque distincte mais désormais réunies qui accueillent des expositions de photos, notamment d’anciens clichés racontant l’histoire de la ville.

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La maison coloniale mitoyenne héberge l’entité qui gère le patrimoine, pilote les travaux de rénovation et s’assure que les actions menées sont bien conforme aux critères d’exigence de l’UNESCO. Un vaste chantier à tous les niveaux car faute d’éducation sur le sujet, les grands propriétaires des maisons coloniales refusent de se plier aux cahiers des charges et préfèrent faire ce qu’ils veulent dès lors qu’il est question de rénover ou aménager leur maison.

 

Grand-Bassam, une terre de missionnaires et d’évangélisation

Dans le quartier France, on trouve aussi la première école créée par les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Apôtres. Elles se sont installées en 1898 à Grand-Bassam et y vivent encore. Leur école, toujours active, était exclusivement réservée aux métisses, enfants de colons. Une autre école, située quelques mètres plus loin dans la même rue, était elle réservée aux enfants des employés des colons.

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Avant les sœurs, ce sont deux pères des Missions Africaines de Lyon, Alexandre Hamard et Emile Bonhomme, qui arrivèrent en 1895 pour évangéliser Grand-Bassam. Un monument leur rend hommage. De cet endroit, on peut apercevoir, dans une petite rue perpendiculaire à l’artère principale du quartier, la première église de Côte d’Ivoire, consacrée en 1896. Celle-ci fut détruite lors de la grande épidémie de fièvre jaune en 1899 mais reconstruite. Elle est depuis toujours en fonction. La maison (jaune) est aujourd’hui celle de l’Evêché de Grand-Bassam. 

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La grande épidémie de fière jaune et la fin de l’ère bassamoise

Au bout de la rue, au niveau du restaurant la Commanderie, est érigé le Monument aux Morts français qui rend hommage aux victimes de l’épidémie de fièvre jaune ayant emporté 2 tiers des colons présents à Bassam en 1899. Ce monument, sculpté par Alfred Lenoir, fut inauguré en 1914. Il est surmonté d’une Marianne portant un bouquet de fleurs dans ses bras.

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L’épidémie dura jusqu’en 1903, ce qui explique pourquoi Grand-Bassam perdit son statut de capitale au profil de Bingerville en 1900. Grand-Bassam continua pourtant de jouer un rôle important au sein de la colonie, notamment avec la mise en service de son wharf maritime (177 m de long) et de son phare en 1901. Mais le centre névralgique de la colonie de la Côte d’Ivoire se déplaça durablement vers l’ouest, d’abord à Bingerville puis à Abidjan qui en devint la capitale en 1933.

 

Un comptoir commercial très actif à Grand-Bassam

Juste après ce monument se trouve le Centre de Céramique qui réunit les potiers et céramistes de la ville. Lors de l’époque coloniale, bien avant de devenir un centre artistique dans les années 1980, il abritait les Cercle de l’Union Européenne, lieu de retrouvailles des colons entre eux.

En entrant dans la bâtisse, on peut voir travailler les potiers. Et aussi acheter leurs créations dans la petite boutique sur la gauche.

 

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Au bout de la rue, si l’on part sur la gauche, on arrive sur une route bordée de magnifiques manguiers qui furent plantés par Henri-Charles Roberdeau, 4ème gouverneur de Côte d’Ivoire et dernier de Grand-Bassam (1898-1902).

L’emplacement stratégique de cette artère, au bord de l’eau et proche du wharf, suscita le développement du trafic maritime et l’installation de grandes maisons de commerce, dont la CFAO (Compagnie Française d’Afrique de l’Ouest) fondée en 1888.

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Les premiers mouvements en faveur de l’indépendance

Juste à côté se trouve le premier supermarché de Côte d’Ivoire : un vestige particulièrement remarquable pour sa fresque extérieure qui dépeint la Marche des Femmes de 1949. Ces femmes se sont soulevées contre la puissance coloniale pour demander la libération de leurs époux, frères ou fils, militants anti-colonialistes, qui croupissaient en prison sans aucune forme de procès. Elles marchèrent, le 24 décembre 1949, d’Abidjan à Bassam, jusqu’à la prison pour réclamer justice. Nombres d’entre elles furent blessées par les autorités françaises. Même si elles n’obtinrent pas immédiatement gain de cause, elles devinrent des pionnières de la lutte pour l’indépendance du pays.

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La statue située au centre de la place de la Paix rend aussi hommage à leur courage. Elle représente 3 de ces femmes qui marchèrent en tête du regroupement : Anne-Marie Raggi, Marie Sery Koré et Odette Ekra.

Le pont qui relie le quartier France à la ville, qu’on aperçoit depuis le bâtiment CFAO, a été rebaptisé Pont de la Victoire également en leur mémoire. Cet ouvrage métallique de 150 mètre de long et 10 mètres de large est aussi un vestige colonial intéressant. Il a été ouvert en 1928 et reliait le quartier France au quartier de Petit Paris, haut-lieu de la prostitution où les colons se rendaient plus souvent, en toute discrétion, en pirogue.

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A noter que si vous partez vers la droite après le centre culture Jean-Baptise Mockey (ancien maire de Grand-Bassam), au lieu d’emprunter l’allée des manguiers, vous arrivez au village de la communauté N’zima (peuple du groupe des Akans). Quartier dans lequel se trouvent probablement les plus belles maisons coloniales de Grand-Bassam.

Plus d’informations sur le quartier N’Zima dans cet autre article.

Marcel Treich-Laplène, fondateur de la Côte d’Ivoire

Juste avant d’atteindre le pont se trouve un obélisque dédié à Marcel Treich-Laplène, aventurier français qui mena des missions d’exploration à l‘intérieur des terres de Côte d’Ivoire et signa de nombreux traités avec des chefs traditionnels. Il mourut à l’âge de 30 ans, épuisé par la malaria et la fièvre, et fut enterré dans l’ancien cimetière des Européens de Bassam. Son corps fut ensuite exhumé et rapatriée en France en 1922. Treich-Laplène est celui qui a donné à la Côte d’Ivoire ses frontières actuelles, et plus tard son nom à la commune de Treichville à Abidjan.

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En laissant le pont sur la droite, la promenade s’achève avec 3 derniers bâtiments remarquables : la Mairie de Grand-Bassam, la pharmacie qui fut aussi la première limonaderie du pays en 1921 et la Préfecture du département de Sud-Comoé.

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Cet article présente quelques unes des maisons emblématiques du Quartier France. Mais il en existe bien d’autres. Pour les découvrir, il faut prendre le temps d’explorer chaque coin de rue, chaque bâtisse. C’est ainsi que vous pourrez dénicher d’autres pépites moins connues que les bâtiments de la rue principale.

Une visite du Quartier France peut toutefois laisser un goût amer. Il est à la fois splendide et désolé. Il est le témoin à la fois d’une histoire riche et d’une politique patrimoniale à l’arrêt. Bien qu’il soit inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, sa réhabilitation semble au point mort.

Malgré tout, ce quartier est fascinant et mérite qu’on s’y attarde et qu’on se laisse envahir par sa sérénité et son mystère !

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2 Commentaires

  • Répondre
    Mme Frankie Pérussault
    6 avril 2022 à 8 h 31 min

    Ah génial ! Je tombe sur ce site en ayant cherché les horaires d’ouverture de la bibliothèque de vieux Bassam. Enchantée ! Je suis à Bassam quartier Mockeyville depuis peu et votre site est une mine d’or. Merci.

    • Répondre
      Isabelle
      6 septembre 2022 à 17 h 50 min

      Je suis enchantée aussi que mes articles vous soient utiles. J’adore la ville de Grand-Bassam également. Quel bonheur de se promener dans ce musée à ciel ouvert.

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